Hamburger, Carottes et bâtons!

Question… quel est le coût de revient d’un hamburger? Allez devinez… 1,80$? Non, un peu plus peut-être, 2,20$? Encore faux, le coût réel d’un hamburger est d’environ 200$.

C’est du moins le calcul qu’a fait l’auteur et écrivain indien de renom Raj Patel lorsqu’il a commencé à étudier le coût réel d’un des snacks les plus populaires au monde. Voir: http://bit.ly/Raj-Patel Ou: http://bit.ly/true-cost-youtube

Le coût réel d’un produit ne comprend pas uniquement les coûts visibles mais aussi les coûts cachés externes. Dans son livre « La valeur de rien : comment redessiner la société de marché et redéfinir la démocratie », il explique en détails comment il arrive à ce coût de 200$ en comprenant toutes les externalités comme les coûts climatiques, la compensation pour la perte de biodiversité, les coûts des services de santé, etc.

Son étude est peut-être un peu obsolète et si nous devions reprendre les chiffres aujourd’hui, ils différeraient légèrement. Cependant, que ce soit 150 ou 250$, nous pouvons certainement conclure que nous ne payons pas le coût réel de notre burger aujourd’hui. Néanmoins, ce que nous oublions trop souvent est que, tôt ou tard, nous devrons payer l’addition. Soit nous payons déjà indirectement, à travers les impôts, les coûts des services sociaux et des polices d’assurance plus importantes ou, pire encore, nous allons présenter la note à nos enfants et petits-enfants.

Il est donc grand temps de commencer à calculer de façon honnête et de choisir des produits avec un coût réel bien moins élevé. Il y a quelques années, en collaboration avec les experts de Soil & More Impacts, l’organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation et le cabinet-conseil EY, nous avons démarré le projet du coût réel de l’alimentation. Nous souhaitions découvrir le coût réel de nos fruits et légumes bios pour les comparer avec leurs homologues conventionnels.

Les conclusions de notre pilote ont été doubles :

- L’idée préconçue selon laquelle les produits bios sont trop chers est fausse
- Les produits conventionnels sont vraiment trop bon marché

Il n’était pas vraiment surprenant d’apprendre que les coûts cachés de l’agriculture conventionnelle sont bien plus élevés que ceux du bio. Nous connaissons tous les effets destructeurs des engrais de synthèse et des produits chimiques sur le sol, le système hydraulique, le climat, la biodiversité et la santé et à présent nous avons mis une étiquette de prix sur cet impact négatif.

Après avoir calculé le coût réel de dix produits différents, la campagne s’attelle à présent à convaincre les consommateurs de choisir des produits cultivés durablement. Par ailleurs, nous utilisons nos résultats concrets pour encourager les autorités régionales, nationales et européennes à introduire une réglementation « du bâton et de la carotte ». Autrement dit, nous espérons que les développements de la comptabilité du coût réel amèneront les gouvernements à récompenser les comportements durables via des subventions (carotte) et à pénaliser la pollution via des taxes (bâton). Par exemple, en Suède et en France, une taxation plus importante sur les engrais et herbicides de synthèse a été introduite et nous espérons que d’autres gouvernements suivront.

Nous savons que malheureusement un faible pourcentage des entreprises est intrinsèquement motivé pour rendre la planète plus verte, plus propre et plus sociale. Il est donc essentiel que les gouvernements établissent de nouvelles « règles du jeu » et financiarisent la durabilité. Si vous faites un super boulot, que vous prenez part à « la solution », que vous représentez l’avenir… alors vous pourrez peut-être être récompensé d’une certaine façon. Si au contraire, vous ne participez pas et faites partie « du problème », il n’y a rien de mal à vous demander de payer votre part des coûts pour réparer la planète. Qui sait, cela vous incitera peut-être même à changer votre comportement.

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